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Airbnb, Uber, Netflix, Meero… Avec une hypercroissance et de belles promesses d’avenir, les startups dites de la « hype » suscitent l’engouement de nombreux talents. Mais si le modèle attire les candidat·es, le feuilleton de l’entrée en bourse ratée de WeWork, et les récentes déclarations du CEO de Meero sur la fragilité de son entreprise, viennent éclabousser cette image de rêve. Pour ses employé·es, c’est notamment la perspective de gains très attractifs à court terme qui s’effondre.

Alors, avant de s’engager auprès d’une startup, les talents ont-ils les moyens de faire un choix éclairé ? La hype en vaut-elle la chandelle ? Les startups peuvent-elles recréer les conditions de la confiance ? 

Rien ne semblait pouvoir freiner l’ascension du leader de la location d’espaces de coworking, WeWork. Et pourtant, après une tentative d’entrée en bourse en août dernier, les documents déposés auprès du gendarme boursier américain révèlent une réalité financière interpellante : l’entreprise peine à être rentable. Ses pertes, qui grossissent aussi vite que ses revenus, s’élevaient à 900 millions de dollars au premier trimestre contre 1,5 milliard de chiffre d’affaires. À cela s’ajoute une gestion problématique : en 2019, WeWork a dépensé 5,9 millions de dollars pour se rebaptiser officiellement « The We Company ». Or, cette somme a été reversée directement dans les poches d’Adam Neumann, son dirigeant (depuis remercié).

Résultat : une introduction en bourse repoussée jusqu’à nouvel ordre.

La débâcle de WeWork est symptomatique de la difficulté qu’ont certaines startups de la « hype » à honorer leurs promesses et à transformer durablement l’essai. Une tendance qui n’est pas sans conséquence pour les talents qui décident de les rejoindre.

Talents : de la projection à la désillusion

Projets innovateurs, passion pour une technologie, vision disruptive, croissance spectaculaire, modalités de travail attractives : les startups ont de nombreux atouts pour séduire.

Entrevoir un univers radieux des possibles (et pour les talents, de futures parts avantageuses dans l’entreprise) est au fondement même de cet écosystème… Une promesse alimentée par les belles success stories d’employé·es devenu·es millionnaires en prenant des parts au bon endroit, au bon moment.

Pour autant, les ambitions affichées n’ont pas de valeur contractuelle. Si les talents savent qu’il existe un risque de lendemains qui déchantent, il est possible de mieux s’armer avant de rejoindre une structure.

Pourquoi talents et startups peuvent bénéficier d’une relation plus équilibrée 

Parce que le rayonnement d’une startup est intrinsèquement lié à la prise de risques, consentir en tant qu’employé·e à une part d’incertitude est une condition sine qua non pour rejoindre ce type de structures.

Toutefois, l’asymétrie de l’information est préjudiciable aux candidat·es. Au moment de s’engager auprès d’une startup, talents et investisseurs ne bénéficient pas du même degré de renseignements. Si ces derniers peuvent consulter des documents légaux, épluchés par des expert·es, les candidat·es ne peuvent se fier qu’aux promesses et à la confiance que leur inspirent ces entrepreneur·es. Le cas WeWork vient illustrer la défaillance de l’échange et le déséquilibre au sein de l’entreprise : les analystes ont passé en revue des données que les employé·es ignoraient.

Les talents sont également influencés dans leurs choix par tout un écosystème médiatique qui valorise à l’excès les startups de la « hype ». Les candidat·es ont à prendre leur part de responsabilité pour dépasser le récit magnétique mettant en scène les licornes. Il importe qu’elles et ils puissent fonder leur opinion de façon pragmatique et factuelle.

À cet égard, les moments de l’offre d’embauche et de la signature du contrat sont cruciaux. Surtout pour les postes à responsabilité. Candidat·es et employeurs ne doivent donc pas les considérer comme une simple formalité administrative. Notre conseil : prendre le temps de relire les documents côte-à-côte et se prêter à un jeu de questions-réponses. Ainsi, les talents bénéficieront de plus d’éléments tangibles pour faire un choix éclairé. Car des candidat·es aveuglé·es par la « hype » peuvent avoir une expérience déceptive une fois qu’elles ou ils rejoignent l’entreprise. Cela se traduira par un départ précipité, dont le coût sera supporté par la startup.

Prendre des parts dans une entreprise, c’est aller au-delà de la seule dimension capitalistique. C’est aussi prendre toute sa part de responsabilité, dans une communauté de destins. Pour que les talents abordent l’aventure startup dans un tel état d’esprit, les entreprises ont tout intérêt à bâtir la confiance sur des faits. C’est pour elles l’assurance d’une équipe soudée et investie pour surmonter les aléas et éventuels coups durs de la vie d’une startup.

Aujourd’hui, le marché est mûr pour connaître une évolution des pratiques afin de permettre aux candidat·es de faire des choix éclairés. Intermédiaire entre les talents et l’entreprise, l’agence de recrutement peut se positionner en tiers de confiance. On peut ainsi imaginer que demain elles soient prescriptrices des bonnes pratiques pour un partage de l’information plus équilibré.

Conclusion 

Que les startups vendent du rêve pour que les talents se projettent fait partie du jeu. De la même manière, les candidat·es ont eux aussi recours à une part de personal branding pour attiser l’intérêt de l’employeur. Néanmoins, face à ce qui s’apparente aux débuts d’un effet bulle Internet chez certaines startups de la « hype », il convient de s’interroger sur l’accès à l’information et les responsabilités de chacun·e. Notre conviction : un rapport plus équilibré crée un échange plus productif entre talents et startups. Les agences de recrutement ont leur part à prendre dans l’instauration de pratiques éclairées. Au bénéfice des startups comme des talents.